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samedi 24 septembre 2016

Pourquoi le raw ?

Y a t-il encore des personnes qui se demandent pourquoi utiliser les formats raw ?
On entend que ce format produit des fichiers plus lourd, c'est vrai. Mais compte tenu du coût décroissant des disques durs, avouez que l'argument ne tient pas. Problème de place sur les cartes mémoire ? A bien y regarder, même avec une 8Go, sur un boitier entre 18 et 24 millions de pixels, le format brut procure autour de 200 clichés contre plusieurs milliers en jpeg. Si en une journée de reportage, nous sommes capable de produire d'avantage que 200 photographies, il serait temps de sérieusement remettre en question notre technique de prie de vue. Il n'y a pas si longtemps, nous utilisions des pellicules de 12 ou 24 poses pour les film 35 mm et même six poses pour un 220 mm.
Au lieu de prendre dix fois la même chose en espérant choisir le meilleur clichés, observez mieux et déclenchez moins. De toute façon, je suis persuadé que lorsque vous avez neuf mauvaises photographies pour une bonne, vous les gardez toutes, on ne sait jamais... Je me trompe ? Faisons donc moins de clichés, mais de meilleurs qualité, autrement dit concentrons nous d'avantage sur ce que nous faisons au moment de la prise de vue.
Je me suis amusé à ressortir des clichés datant de 2005-2006, c'est à dire ayant au moins dix ans et réalisés avec un boitier et une optique d'entrée de gamme de l'époque. Pour corser la chose, j'ai choisi des clichés à la sensibilité élevée ou utilisant des temps de pose longs. En ce temps là, j'étais un jeune Canoniste et le logiciel Digital Photo Professional (DPP) n'était qu'un enfant turbulent, caractériel et pas encore très mature. En ce temps là, Photoshop atteignait l'adolescence, il était beau, grand et insouciant, plein de promesses pour l'avenir et ses algorithmes prometteurs d'innombrables améliorations. Mais il demeurait bien incapable de lire les formats brut de nos boitiers sans l'ajout de Camera raw. Celui-ci balbutiait, il parlait à peine. Songez qu'il est né en 2003... La première version béta de Lightroom date de 2006. Dxo Optic pro est né en 2004, il n'était alors qu'un correcteur de défauts optiques et numériques, sur la base de son savoir faire en matière d'analyse de performances des systèmes optiques.
Je me souviens qu'en 2005, je lisais de-ci de-là qu'il était important de produire et de conserver les fichiers raw de son boitier, sous couvert de la promesse du développement futur des logiciels de traitement des informations brutes. Je n'y ai pas vraiment cru tout de suite, mais j'ai tout de même privilégié ce format, au cas ou ...

Préparatifs de mariage, Montreuil, le 10 septembre 2005
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 22 mm
                  f/4.5
                  1/25 s
                  ISO 1 600
Vendeuse de sésame, Boromo, le 14 novembre 2005
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 27 mm
                  f/10
                  30 s
                  ISO 400


Repas festif, Paris, le 11 décembre 2005
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 21 mm
                  f/3.5
                  1/3 s
                  ISO 800


Paris de nuit, le 17 septembre 2005


                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 55 mm
                  f//9
                  2 s
                  ISO 200


Fontenay sous Bois, le 18 octobre 2005
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 18 mm
                  f//4.5
                  1/50 s
                  ISO 400


Dix ans plus tard, il est temps de faire le bilan. Et là pas d'hésitation : le format brut est une merveille. Sur la base d'un capteur d'entrée de gamme de 2005, il est désormais possible de sortir des clichés dignes des bons boitiers actuels (j'exagère à peine) avec DxO Optique Pro ou Camera raw. La seule chose que l'on ne corrige pas, c'est le nombre de pixels. Mais le bruit, les aberrations optiques, les problèmes de diffraction de la lumière sur le capteur, les faiblesses des sensibilités ISO, le vignetage... Tout passe de l'anecdotique au sublime, en quelques secondes ou minutes de calcul. Et il est probable que tous ces logiciels qui font de la magie avec nos anciens raw, ne cesseront pas de sitôt de se perfectionner. En conclusion, il n'y a aucune hésitation à avoir : le raw plutôt que le jpeg pour tous. Les générations futures nous remercieront.

Par contre Canon nous fait l'affront de rendre son logiciel incompatible avec le format crw de ses anciens boitiers, ce qui constitue une stratégie commerciale froidement irrespectueuse vis à vis de ses clients. Combien de millions de photographies ont été produites avant l'abandon de ce format ? Ouvrir un fichier brut de dix ans d'âge avec DPP4 s'avère tout simplement impossible. D'ailleurs le site Canon ne propose plus aucune solution logiciel en téléchargement pour ses propres boitiers vendus au début des années 2000. Il est, par conséquent, préférable de bien conserver ses CD d'installations originaux, livrés avec le boitier. Et il faut craindre que les photographies actuelles deviendront illisibles pour les prochaines versions de DPP. En renouvelant son matériel régulièrement, il faudra installer une version de DPP pour chaque génération de boitier. Ou plus probablement, il faut dès a présent envisager de se passer de ce logiciel qui, lorsqu'il fonctionne, reste largement moins performant et moins polyvalent que ses concurrents. Les logiciels concurrents continuent de reconnaître l'ancien format Canon ; ce sont donc eux qui ont permis de retravailler mes clichés d'autrefois.

Ce qui nous amène à l'éternelle question : quel format brut utiliser ? Celui de votre boitier, ou celui libre de la firme Adobe, le DNG (qui lui-même ne s'ouvre pas avec DPP) ?
Personnellement, mis à part avec DxO qui exporte dans ce format (parfois de manière étrange au niveau des fortes lumières), je n'ai jamais utilisé le DNG et je continue à me demander si je ne fait pas là un mauvais choix. Y aura t-il toujours un logiciel pour interpréter le cr2 de Canon, l'arw de Sony et le nef de Nikon ? Quand dans le même temps, je constate les difficultés rencontrés par Adobe pour faire accepter sont DNG, en dépit de sa qualité de format libre, sa pérennité n'est pas plus assurée que les formats des fabricants de boitiers. J'ai donc prit le parti de conserver mes fichiers bruts de prise de vue en format propriétaire mais avec dans un recoin de mon PC un convertisseur DNG (inutilisé mais prêt à l'emploi et que vous pourrez télécharger ici, pour Mac et Windows). N'ayant pas encore tranché sur ce point, pourtant décisif, du choix de format brut, voici quelques liens chez des confrères qui ont déjà traité cette problématique : Phototrend et Cyrilbruneau

samedi 10 septembre 2016

Se passer du flash

Chantier, Ouagadougou, le 10 juin 2015
                  CANON EOS 60D
                  Distance focale : 18 mm
                  f/3.5
                  1/125 s
                  ISO 320


Utiliser le flash dès que la lumière devient insuffisante est devenu un réflexe pour beaucoup de monde.
" C'est la seule chose à faire " nous dit-on. J'étais tout récemment confronté à cette problématique : une pièce sombre et un portrait à réaliser. Plus précisément, m'étant infiltré au sein d'une délégation venue rendre visite au Mogho Naba à Ouagadougou, je suis introduit dans la salle du trône où il reçoit ses invités. J'évalue immédiatement la lumière : une fenêtre translucide sur le côté gauche fournit la principale source de lumière. Mais celle ci, déjà filtrée par le verre dépoli, est encore atténuée par un large auvent qui couvre la terrasse donnant accès à la salle du trône. Nous sommes en août, et le temps pluvieux ne laisse plus entrer qu'une demi pénombre à laquelle nos yeux s'adaptent pourtant facilement.

Le Mogho Naba sur son trône, Ouagadougou, le 12 août 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 24 mm
                  f/4
                  1/25 s
                  ISO 2 500

Sur les quatre murs de la pièce, des ampoules basse tension diffusent avec peine leur lumière jaune. J'avais repéré les éclaires du flash de la délégation précédente lors de la séance de photographie juste avant qu'elle ne se retire. Pour ma part, j'entends me passer du flash. Il ne faut que quelques secondes pour effectuer un réglage approprié.
Au moment de la prise de vue, on me propose les services du photographe du Mogho Naba pour me remplacer, en précisant "c'est un photographe professionnel". J'effectue toutefois mes clichés sans lui et à ses yeux grands ouvert, je devine qu'il se dit "son flash n'a pas marché, alors soit c'est un tocard, soit il est vraiment bon ..."
Je connais bien se regard interrogateur que me lancent mes confrères burkinabè qui ne conçoivent pas de se priver de leur flash. Je sais que la plupart ont appris le métier sur le tas et en dépit des années d'expérience, il leur manque toujours des bases techniques. Il y a trois raisons pour ne pas utiliser le flash.

La première, c'est qu'on peut tout à fait s'en passer dans 99 % des prises de vues.
La deuxième, c'est que je souhaite rester discret quand je travaille. Je veux que l'on m'oublie, je cherche à devenir invisible pour saisir les scènes de vie le plus au naturel possible. Pour cela, tout ce qui émet de la lumière sur mon boitier est verrouillé par un adhésif noir. L'écran reste éteint. Et si ce n'est le bruit du déclencheur, personne ne sait à quel moment la photographie est prise, ni même si elle est prise.
La troisième raison, c'est que je tiens, envers et contre tout, à préserver l'ambiance du moment et donc l'éclairage réel de la scène. Je peux toutefois choisir d'éclaircir ou d'assombrir une scène, mais je ne touche pas à son contraste, à la direction de la lumière ni à son agencement spacial. Les réglages permettent de modifier l'intensité sans toucher à l'ambiance lumineuse du moment. Ensuite, il faut bien choisir l'angle de vue par rapport à la source dominante de lumière et se mettre en apnée au moment de déclencher, cela limite les vibrations et permet de supporter des temps de pose très long à main levée.

Intérieur d'une habitation de Zawara, le 06 février 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 24 mm
                  f/4
                  1/50 s
                  ISO 400

L'éclairage artificiel n'est valable que s'il est savamment et patiemment construit comme on peut le faire lors d'un tournage cinématographique ou en studio. Mais le flash frontal, monté sur un boitier a toujours été une catastrophe esthétique : l'ombre porté, le sur-contraste, sa faible porté et les éclats de lumière du premier-plan écrasent les volumes tout en importunant vos sujets. Je préfère encore ajouter du grain et du flou à mes photographies plutôt que du flash et j'ai le regret de constater que peu de mes confrères burkinabè admettent la possibilité de la chose.

lundi 29 août 2016

Courses hippiques et sachets plastiques à Ouagadougou

Ouagadougou n'est pas une ville propre. Il n'est pas simple de cadrer sans faire apparaître, au premier plan, certains sacs plastiques et à l'arrière plan d'autres sacs plastiques. Le vent lorsqu'il se déchaîne avant les orages les transforme en mini montgolfières noires, qui finissent par retomber à mes pieds et dans ma cour. Ils se fixent durablement dans les arbres épineux des abords de la ville et finissent par étouffer les animaux, plus ou moins sauvages qui tentent de s'en nourrir. Ils constituent surtout une source de pollution que notre descendance aura le plus grand mal à gérer sur plusieurs générations.

Ouagadougou, le 31 juillet 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 105 mm
                  f/4
                  1/3 200 s
                  ISO 400

L'hippodrome de Ouagadougou est un grand espace ouvert à la circulation et aux déchets, au cœur de la ville. Chaque dimanche soir, la jeunesse équestre burkinabè s'y retrouve pour des courses improvisées au milieu d'une foule de curieux, en famille ou en connaisseur. Les compétiteurs s'élancent vers 16h30 pour des tours de piste impressionnants : les motos et les cyclistes, au code de la route buissonnière et les automobilistes traversent parfois la piste, sans se donner la peine de les voir. Les spectateurs déambulent en toute liberté tandis que la poussière vole au passage des galops. Aucun guide touristique ne vantent la beauté de ce spectacle dominicale mais il est à conseiller.
Pour les passionnés d'équitation, le dépaysement sera grand. Imaginez un parking de poids lourds et leurs carcasses rouillées, servant de terrain de course sur la terre latérite, pour quelques cavaliers sans peur ni protection, traversant parfois la foule des spectateurs en panique. Ne résonne alors dans le lieu, que le bruit des sabots et la clameur de la foule.


Ouagadougou, le 31 juillet 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 65 mm
                  f/4
                  1/3 200 s
                  ISO 400

Ouagadougou, le 31 juillet 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 58 mm
                  f/4
                  1/3 200 s
                  ISO 400

Ouagadougou, le 31 juillet 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 58 mm
                  f/4
                  1/2 500 s
                  ISO 500

On regrette la saleté de l'espace urbain, général à Ouagadougou, en dépit des brigades vertes largement dépassées par l'ampleur de la pollution à combattre. Chaque prise de vue nécessiterait un nettoyage qui ôte beaucoup à la spontanéité du travail de photographe. On peut aussi choisir de ne pas masquer ces déchets et de les laisser figurer sur les clichés. Ceux qui les voient et le reprochent sur mes photographies sont les mêmes qui, ayant bu un sachet d'eau, le jette au sol sans réfléchir. Comme si la saleté réelle était finalement moins dérangeante que sa reproduction photographique. A moins qu'à force de la voir quotidiennement devant sa porte, on ne puisse plus la supporter même en photographie. Il est vrai aussi que l'on peut chercher longtemps, dans tout le Burkina Faso, une poubelle publique sans jamais en apercevoir.

Si vous passez par l'hippodrome de Ouagadougou, ne vous arrêtez pas à son aspect peut engageant ni a son mur d'enceinte en ruine. Patientez le départ des courses et laissez vous emporter par le spectacle. Vous trouverez toujours quelqu'un pour vous renseigner sur les cavaliers et les pronostics, bien que plus aucun pari officiel n'y soit organisé. Profitez de la lumière chaude du soleil couchant et de sa relative fraîcheur pour ne pas être pressé.
Souhaitons que le PMU-B, du haut de son chiffre d'affaire, réhabilite prochainement ce lieu qui a autrefois connu l'exaltation des véritables courses hippiques et qui n'est plus que l'ombre de son souvenir. il n'y a probablement rien à gagner à le rénover, si ce n'est un lieu vivant, de rencontre et de spectacle, qui pourrait être agréable aux ouagalais comme aux visiteurs de passage. Vu le succès du PMU-B, même sans y organiser des paris, le simple fait d'y admirer des chevaux en course aurait de quoi réunir beaucoup de monde autour d'une bière et quelques brochettes. De quoi redonner vie au potentiel commerçant de tout un quartier.

mercredi 17 août 2016

DxO Optics Pro 9 gratuit jusqu'au 31 août 2016

Plus que deux semaines pour profiter de la promotion annuel de DxO. Si vous utilisez le format brut de vos boitiers, DxO sera l'extension indispensable de votre matériel. La toute dernière version commercialisée est la version 11 que vous trouverez sur le site du fabricant.
Mais Dxo aime les photographes, même ceux qui n'ont pas les moyens de s'équiper des toutes dernières versions à plein tarif. Il semble donc que ce soit devenu une habitude : la version de deux générations en arrière est téléchargeable gratuitement, avec une licence illimité dans le temps, sur le lien suivant.

DxO 9 est sorti en 2014, si votre matériel a plus de deux ans, il est fait pour vous. Cette version intègre l'anti bruit PRIME, en plus de tous les réglages d'optimisation de vos fichiers raw et de la correction de la plupart des optiques et boitiers du marché.
Le téléchargement se fait depuis le site allemand puisqu'il s'agit d'un partenariat avec le magazine allemand Profito, mais la version disponible inclut le français. Il vous sera demandé d'entrer une adresse mail valide afin de recevoir le lien de téléchargement pour Mac ou pour Windows ainsi que le numéro de licence correspondant. En prime, vous aurez droit à une remise, sans obligation d'achat, sur la dernière version disponible (149$ au lieu de 199$). Ensuite, c'est 335 Mo à télécharger.

Vu que c'est gratuit, vous n'aurez pas accès aux mises à jour du logiciel, mais vous pourrez sans difficulté télécharger les modules d'optiques correspondant à votre matériel. Et rien ne vous empêche ensuite d'acheter une version plus récente.

Téléchargement :

dimanche 14 août 2016

Une bonne paire de chaussures


Entrée d'une mosquée à Bani, le 18 juin 2011
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 24 mm
                  f/9
                  1/1 000 s
                  ISO 400

Il m'arrive d'enseigner la photographie. Le premier cours de l'année commence toujours par une question : quel est l'outil le plus important pour un photographe ? Cette question part du principe qu'un photographe possède et prend soin de son matériel de prise de vue. Il présuppose aussi qu'un bon professionnel, même avec un matériel moyen voir bas de gamme, parviendra toujours a sortir de l'image acceptable. La post production compenseront les lacunes du matériel. Dès lors son outil le plus précieux est contenu dans le titre de cet article : une bonne paire de chaussures.


Chaussures de pêcheurs sur le Nakanbé à Kougri, le 4 août 2010
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 33 mm
                  f/11
                  1/125 s
                  ISO 100

C'est à dire des chaussures confortables, souples, mais avec une semelle capable d'absorber les chaos des pires sentiers pierreux. Des chaussures qui supportent l'humidité comme la sécheresse, dans lesquelles on ne transpire pas et suffisamment adaptés aux pieds pour exclure tout risque d'ampoules ou de frottements douloureux. Des chaussures qui acceptent de se faire piétiner par les collègues qui envient votre emplacement au sein d'un pool de photographe et qui n'hésitent pas à "jouer des coudes" pour vous marcher dessus ; j'en ai vu parmi les plus grands et les plus demandés de la profession se comporter en véritables ordures quand il s'agit de prendre la place d'un confrère pour tirer le portrait de l'Étalon d'or du FESPACO. Des chaussures enfin, qui après un périple en brousse durant la saison chaude ne jurent pas sur les dalles en marbre blanc du salon de votre commanditaire, désireux de se rassurer du bon résultat de la prise de vue du jour.

pool de photographes et cadreurs au FESPACO, Ouagadougou, le5 mars 2011
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 50 mm
                  f4.5
                  1/80 s
                  ISO 100

N'espérez pas que je vous donne une marque précise, ce blog n'est pas sponsorisé.
Pour ma part, ce sont généralement des chaussures en cuir, assez souples, montées sur une semelle rigide. Et surtout, jamais de chaussure neuve avant un reportage. D'autres préféreront des baskets, mais pour l'Afrique, les matières naturelles restent les meilleures : donc, plutôt du cuir et du coton.

Marcher, courir, s'arrêter, accélérer sont habituels en reportage, mais le plus éprouvant reste l'attente. Piétiner sur place durant des heures dans l'espoir qu'il se passe quelque chose laissera plus de douleurs aux pieds qu'une marche régulière. L'Afrique qui aime tant les discours interminables, les palabres plus ou moins utiles et les cérémonies pompeuses ne facilitent pas la profession de photographe. Les moquettes des salles de conférences ont beau paraître propres et confortables, la position statique n'y est pas plus agréable qu'au fin fond de la brousse quand rien de visuel ne s'y déroule.

Alors quand l'un de mes élèves à la fin d'une journée de prise de vue me dit :
- J'ai mal aux pieds.
Je regarde ses godillots tendances, flambant neuves et synthétiques, voir ces hauts talons rutilants s'il s'agit d'une femme et je lui répond :
- Souviens toi de la première chose que je vous ai appris, lors du tout premier cours de l'année. Et désormais, met le en pratique.

lundi 1 août 2016

Désaturer sans dénaturer

La photographie professionnelle n'aime pas le naturel. Dans ce domaine, comme en toutes choses, il y a des modes, des tendances. Par conséquent, il y a aussi des pratiques démodées.
Depuis quelques années, la mode est de désaturer les couleurs, parfois tout en augmentant le contraste sur des tirages plus sombres. Le Word Press Photo est le meilleur révélateur de cette tendance. Avec la généralisation des appareils numériques, on note ainsi un inversement de tendance : a l'origine les capteurs photosensibles cherchaient à rivaliser avec les meilleurs pellicules, les plus lumineuses, les plus colorées et fidèles à la réalités. Les photographes ont donc cherchés le maximum de saturation jusqu'à obtenir un esthétisme si coloré qu'il devenait irréel.
Nous n'en sommes plus là. Le moindre boitier même d'entrée de gamme rivalise désormais avec les pellicules de nos parents (où celles de mes débuts). Ce n'est donc plus l'éclat des couleurs qui fait la différence entre le professionnel et l'amateur. Nous assistons maintenant à la marche inverse : un retour aux photographies plus ternes, mais savamment cadrées et composées, d'une netteté incomparable. La mode est désormais à la photographie à mi-chemin entre le noir et blanc et la couleur. La couleur inscrit l'image dans le réel, l'aspect terne, presque incolore inscrit l'image en temps qu'archive et témoignage. Les photographies saturées étant réservées au souvenirs amateurs. En atténuant la couleur, on donne plus d'importance à l'ambiance lumineuse et l'image devient plus expressive. Cela donne des clichés dans ce genre là.

© Paul Hanson 2012 - Un enterrement à Gaza
Le word press photo 2013 avait primé Paul Hanson pour son cliché intitulé "Un enterrement à Gaza". Mais qui se souvient qu'à l'origine, la photographie a été publiée en novembre 2012 dans le journal suédois Dagens Nyheter, dans une version brute, contrastée et colorée. Pourtant quelques mois plus tard, la même photographie est présentée terne, estompée et ré-éclairée pour les besoins du concours ;  la lumière a été adoucie, les visages ont été retravaillés pour un aspect final qui tient plus du film hollywoodien que du photoreportage. Toutefois, le jury l'a reconnu, les retouches n'ont pas été plus poussées que ce qui se pratiquait à la mains autrefois, sous la lumière projetée de l'agrandisseur, dans l'obscurité du labo photo. Le site culturevisuelle.org. a consacré un article des plus instructifs sur ce cas d'école de la retouche photographique "acceptable".

Portrait de femme, Burkina Faso, le 30 juin 2015
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/4
                  1/200 s
                  ISO 200

Roch Marc Christian Kaboré, alors Président de l'Assemblée nationale du Burkina Faso,
Ouagadougou, le 20 octobre 2011
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/3.5
                  1/60 s
                  ISO 800

Luc Alphonse Tiao, alors Premier ministre, Ouagadougou, le12 octobre 2012

                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/4
                  1/60 s
                  ISO 3200

Pâ, le 15 juin 2013
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/2.2
                  1/200 s
                  ISO 1600

Cette question de la saturation des couleurs est une problématique permanente en Afrique. Le soleil, lorsqu'il n'est pas au plus haut, diffuse une lumière chaude, jaune orangée. Le sol rouge du Burkina Faso en devient écarlate et la peau noire, plus encore que la peau blanche, se teinte de rouge. Il est impossible de rendre la vraie teinte de la peau noire sans une désaturation d'au moins 20 % des rouges et 15 % des jaunes. Une simple balance des blanc ne suffit pas à corriger harmonieusement de tels écarts de couleurs. Avec les éclairages artificiels, les écarts de couleurs sont encore plus accentués : l'éclairage urbain est orange vif, les néons sont jaunes et au final, la peau noire ne l'est jamais vraiment.
Vous pouvez maintenant voir les mêmes photographies, brut de prise de vue, sans aucune des corrections qui se font habituellement au moment du "développement".





Bien souvent les photographes et graphistes burkinabè ne prennent pas la peine de ces corrections et le résultat est désastreux pour la peau de leurs compatriotes. très peu de lieux fermés sont équipées d'un éclairage blanc neutre. Seule l'hémicycle de l'Assemblée nationale jouissait, à partir de 2012, d'une bonne qualité de lumière, mais les incendies de l'insurrection populaire de 2014 ont réduit à néant et en cendre tout cet équipement nouvellement acquis.

vendredi 15 juillet 2016

Surveiller les regards

Le regard, c'est la première chose que notre cerveau analyse sur un portrait. En l'absence de tout autre sens, nos yeux, instinctivement, scrutent le regard de l'autre pour en déceler les émotions et les pensées : qui regarde qui, avec quelles intentions, bonnes ou mauvaises ? Y a t-il du danger dans ce regard, de l'affection, de l'amitié ? Cette première impression oriente la signification que nous nous faisons ensuite de l'image. En publicité, mais aussi dans la presse people, dans la mode ou à la télévision, le regard est braqué sur l'objectif pour que le spectateur puisse y plonger et qu'il garde dans son inconscient, l'impression que c'est lui même qui est le sujet que l'on regarde.

"L'Américain", un fou de Boromo, le 15 novembre 2005
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 55 mm
                  f/5.6
                  1/125 s
                  ISO 200


Don de matériel scolaire dans un village, Burkina Faso, le 25 octobre 2012
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/1.8
                  1/320 s
                  ISO 320

A la prise de vue, je surveille en permanence les regards, leur direction, leur sens... et je conseille toujours aux personnes qui m'assistent d'en faire autant. Je ne parle pas ici des regards qui font face à l'objectif, mais de tous ceux, naturels, qui composent une scène et racontent l'interaction entre les protagonistes de l'image. Il y a parfois des pièges. La photographie est un arrêt sur image et la plasticité d'un visage peu prendre, le temps d'une fraction de seconde une attitude qui contredit l'émotion réelle du moment. Le regard peu, furtivement, s'orienter d'un côté ou de l'autre avant de revenir à son point de départ.

Siby, le 4 décembre 1999
J'ai longtemps hésité à montrer cette photographie tant ce qu'elle exprime contredit l'événement qu'elle illustre. Le noir et blanc, l'absence de sourire, une certaine lassitude, presque de l'inquiétude dans le regard central. Le second regard à l'arrière plan, levé au ciel et semblant implorer. Même le bébé ne semble pas être serein. Pourtant ce jour là, nous nous rendions à un bal poussière, à trente kilomètres par la piste. C'était jour de grande fête. Mais pour nous y rendre, nous étions vingt-cinq, entassé dans l'inconfort de l'arrière d'un vieux bâché Peugeot aux suspensions obsolètes. Même en connaissance du contexte de prise de vue, il n'est pas facile de déceler la moindre trace de bonheur dans ces visages qui s'apprêtaient à danser toute la nuit.
Ce que nous dit cette photographie, c'est qu'il ne suffit pas de saisir un regard lors de la prise de vue, il faut aussi savoir saisir le bon regard, celui qui est expressif et conforme au moment. C'est en ce sens que la photographie ne montre pas la réalité, car elle est un arrêt sur image que nous devons ensuite interpréter alors que notre cerveau est façonné pour voir et comprendre un monde en mouvement. Et un arrêt sur image ne dit pas ce qu'il y a avant, ni ce qu'il y a après.

Ouagadougou, le 26 janvier 2014
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/1.6
                  1/100 s
                  ISO 640

Il y a aussi des hasards heureux. Alors qu'il avait cinq mois, j'ai photographié mon fils, assis dans son lit en train de jouer avec ses mains. Il a cligné des yeux au moment de "l'arrêt sur image". Le résultat est saisissant : un bébé assis, à la fois en train de jouer et de dormir. Là encore, malgré l'absence du regard, ce sont les yeux que nous fixons en premier et ils nous évoquent le sommeil, qui n'est pourtant qu'une apparence.

CEFISE BENAJA, Ouagadougou le 31 mai 2010
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 33 mm
                  f/4.5
                  1/25 s
                  ISO 800

Dans l'image ci-dessus, l'intensité des regards est d'avantage conforme à la réalité du moment. On note immédiatement le visage souriant central, qui s'oppose au regard ferme qui le fixe. Il s'agit d'une photographie réalisée au centre scolaire CEFISE-BENAJA de Ouagadougou, dans l'atelier d'électricité. Le CEFISE est un établissement inclusif ou chaque classe mélange des élèves sourds et d'autres entendant. La langue des signes y est maîtrisée par l'ensemble des élèves, qui s'expriment par la gestuel et écoutent avec les yeux. Cela produit des regards plein d'expressivité et de concentration.
On notera aussi que les regards qui fixent l'objectif, auxquels la presse people et la publicité nous habituent, ne sont, dans la réalité, pas toujours les plus beaux ni les plus intéressants. Il est plus gratifiant de saisir un vrai regard, non posé, mais juste saisi au naturel. La direction du regard apporte autant de sens que l'expression du visage. Et deux regards, ou plus, qui se croisent ou s'ignorent, plutôt qu'un regard fixe et hypnotisant qui ne se détache pas du spectateur, portent plus de sens tout en offrant une composition plus riche à la lecture, pour celui qui découvrira l'image sans avoir été présent lors de la prise de vue.

Zawara, le 27 février 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/3.5
                  1/50 s
                  ISO 100

Reportage photographique pour WATER AID Burkina, le 30 juin 2015
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/4
                  1/2 500 s
                  ISO 200