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lundi 29 août 2016

Courses hippiques et sachets plastiques à Ouagadougou

Ouagadougou n'est pas une ville propre. Il n'est pas simple de cadrer sans faire apparaître, au premier plan, certains sacs plastiques et à l'arrière plan d'autres sacs plastiques. Le vent lorsqu'il se déchaîne avant les orages les transforme en mini montgolfières noires, qui finissent par retomber à mes pieds et dans ma cour. Ils se fixent durablement dans les arbres épineux des abords de la ville et finissent par étouffer les animaux, plus ou moins sauvages qui tentent de s'en nourrir. Ils constituent surtout une source de pollution que notre descendance aura le plus grand mal à gérer sur plusieurs générations.

Ouagadougou, le 31 juillet 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 105 mm
                  f/4
                  1/3 200 s
                  ISO 400

L'hippodrome de Ouagadougou est un grand espace ouvert à la circulation et aux déchets, au cœur de la ville. Chaque dimanche soir, la jeunesse équestre burkinabè s'y retrouve pour des courses improvisées au milieu d'une foule de curieux, en famille ou en connaisseur. Les compétiteurs s'élancent vers 16h30 pour des tours de piste impressionnants : les motos et les cyclistes, au code de la route buissonnière et les automobilistes traversent parfois la piste, sans se donner la peine de les voir. Les spectateurs déambulent en toute liberté tandis que la poussière vole au passage des galops. Aucun guide touristique ne vantent la beauté de ce spectacle dominicale mais il est à conseiller.
Pour les passionnés d'équitation, le dépaysement sera grand. Imaginez un parking de poids lourds et leurs carcasses rouillées, servant de terrain de course sur la terre latérite, pour quelques cavaliers sans peur ni protection, traversant parfois la foule des spectateurs en panique. Ne résonne alors dans le lieu, que le bruit des sabots et la clameur de la foule.


Ouagadougou, le 31 juillet 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 65 mm
                  f/4
                  1/3 200 s
                  ISO 400

Ouagadougou, le 31 juillet 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 58 mm
                  f/4
                  1/3 200 s
                  ISO 400

Ouagadougou, le 31 juillet 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24/105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 58 mm
                  f/4
                  1/2 500 s
                  ISO 500

On regrette la saleté de l'espace urbain, général à Ouagadougou, en dépit des brigades vertes largement dépassées par l'ampleur de la pollution à combattre. Chaque prise de vue nécessiterait un nettoyage qui ôte beaucoup à la spontanéité du travail de photographe. On peut aussi choisir de ne pas masquer ces déchets et de les laisser figurer sur les clichés. Ceux qui les voient et le reprochent sur mes photographies sont les mêmes qui, ayant bu un sachet d'eau, le jette au sol sans réfléchir. Comme si la saleté réelle était finalement moins dérangeante que sa reproduction photographique. A moins qu'à force de la voir quotidiennement devant sa porte, on ne puisse plus la supporter même en photographie. Il est vrai aussi que l'on peut chercher longtemps, dans tout le Burkina Faso, une poubelle publique sans jamais en apercevoir.

Si vous passez par l'hippodrome de Ouagadougou, ne vous arrêtez pas à son aspect peut engageant ni a son mur d'enceinte en ruine. Patientez le départ des courses et laissez vous emporter par le spectacle. Vous trouverez toujours quelqu'un pour vous renseigner sur les cavaliers et les pronostics, bien que plus aucun pari officiel n'y soit organisé. Profitez de la lumière chaude du soleil couchant et de sa relative fraîcheur pour ne pas être pressé.
Souhaitons que le PMU-B, du haut de son chiffre d'affaire, réhabilite prochainement ce lieu qui a autrefois connu l'exaltation des véritables courses hippiques et qui n'est plus que l'ombre de son souvenir. il n'y a probablement rien à gagner à le rénover, si ce n'est un lieu vivant, de rencontre et de spectacle, qui pourrait être agréable aux ouagalais comme aux visiteurs de passage. Vu le succès du PMU-B, même sans y organiser des paris, le simple fait d'y admirer des chevaux en course aurait de quoi réunir beaucoup de monde autour d'une bière et quelques brochettes. De quoi redonner vie au potentiel commerçant de tout un quartier.

mercredi 17 août 2016

DxO Optics Pro 9 gratuit jusqu'au 31 août 2016

Plus que deux semaines pour profiter de la promotion annuel de DxO. Si vous utilisez le format brut de vos boitiers, DxO sera l'extension indispensable de votre matériel. La toute dernière version commercialisée est la version 11 que vous trouverez sur le site du fabricant.
Mais Dxo aime les photographes, même ceux qui n'ont pas les moyens de s'équiper des toutes dernières versions à plein tarif. Il semble donc que ce soit devenu une habitude : la version de deux générations en arrière est téléchargeable gratuitement, avec une licence illimité dans le temps, sur le lien suivant.

DxO 9 est sorti en 2014, si votre matériel a plus de deux ans, il est fait pour vous. Cette version intègre l'anti bruit PRIME, en plus de tous les réglages d'optimisation de vos fichiers raw et de la correction de la plupart des optiques et boitiers du marché.
Le téléchargement se fait depuis le site allemand puisqu'il s'agit d'un partenariat avec le magazine allemand Profito, mais la version disponible inclut le français. Il vous sera demandé d'entrer une adresse mail valide afin de recevoir le lien de téléchargement pour Mac ou pour Windows ainsi que le numéro de licence correspondant. En prime, vous aurez droit à une remise, sans obligation d'achat, sur la dernière version disponible (149$ au lieu de 199$). Ensuite, c'est 335 Mo à télécharger.

Vu que c'est gratuit, vous n'aurez pas accès aux mises à jour du logiciel, mais vous pourrez sans difficulté télécharger les modules d'optiques correspondant à votre matériel. Et rien ne vous empêche ensuite d'acheter une version plus récente.

Téléchargement :

dimanche 14 août 2016

Une bonne paire de chaussures


Entrée d'une mosquée à Bani, le 18 juin 2011
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 24 mm
                  f/9
                  1/1 000 s
                  ISO 400

Il m'arrive d'enseigner la photographie. Le premier cours de l'année commence toujours par une question : quel est l'outil le plus important pour un photographe ? Cette question part du principe qu'un photographe possède et prend soin de son matériel de prise de vue. Il présuppose aussi qu'un bon professionnel, même avec un matériel moyen voir bas de gamme, parviendra toujours a sortir de l'image acceptable. La post production compenseront les lacunes du matériel. Dès lors son outil le plus précieux est contenu dans le titre de cet article : une bonne paire de chaussures.


Chaussures de pêcheurs sur le Nakanbé à Kougri, le 4 août 2010
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 33 mm
                  f/11
                  1/125 s
                  ISO 100

C'est à dire des chaussures confortables, souples, mais avec une semelle capable d'absorber les chaos des pires sentiers pierreux. Des chaussures qui supportent l'humidité comme la sécheresse, dans lesquelles on ne transpire pas et suffisamment adaptés aux pieds pour exclure tout risque d'ampoules ou de frottements douloureux. Des chaussures qui acceptent de se faire piétiner par les collègues qui envient votre emplacement au sein d'un pool de photographe et qui n'hésitent pas à "jouer des coudes" pour vous marcher dessus ; j'en ai vu parmi les plus grands et les plus demandés de la profession se comporter en véritables ordures quand il s'agit de prendre la place d'un confrère pour tirer le portrait de l'Étalon d'or du FESPACO. Des chaussures enfin, qui après un périple en brousse durant la saison chaude ne jurent pas sur les dalles en marbre blanc du salon de votre commanditaire, désireux de se rassurer du bon résultat de la prise de vue du jour.

pool de photographes et cadreurs au FESPACO, Ouagadougou, le5 mars 2011
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 50 mm
                  f4.5
                  1/80 s
                  ISO 100

N'espérez pas que je vous donne une marque précise, ce blog n'est pas sponsorisé.
Pour ma part, ce sont généralement des chaussures en cuir, assez souples, montées sur une semelle rigide. Et surtout, jamais de chaussure neuve avant un reportage. D'autres préféreront des baskets, mais pour l'Afrique, les matières naturelles restent les meilleures : donc, plutôt du cuir et du coton.

Marcher, courir, s'arrêter, accélérer sont habituels en reportage, mais le plus éprouvant reste l'attente. Piétiner sur place durant des heures dans l'espoir qu'il se passe quelque chose laissera plus de douleurs aux pieds qu'une marche régulière. L'Afrique qui aime tant les discours interminables, les palabres plus ou moins utiles et les cérémonies pompeuses ne facilitent pas la profession de photographe. Les moquettes des salles de conférences ont beau paraître propres et confortables, la position statique n'y est pas plus agréable qu'au fin fond de la brousse quand rien de visuel ne s'y déroule.

Alors quand l'un de mes élèves à la fin d'une journée de prise de vue me dit :
- J'ai mal aux pieds.
Je regarde ses godillots tendances, flambant neuves et synthétiques, voir ces hauts talons rutilants s'il s'agit d'une femme et je lui répond :
- Souviens toi de la première chose que je vous ai appris, lors du tout premier cours de l'année. Et désormais, met le en pratique.

lundi 1 août 2016

Désaturer sans dénaturer

La photographie professionnelle n'aime pas le naturel. Dans ce domaine, comme en toutes choses, il y a des modes, des tendances. Par conséquent, il y a aussi des pratiques démodées.
Depuis quelques années, la mode est de désaturer les couleurs, parfois tout en augmentant le contraste sur des tirages plus sombres. Le Word Press Photo est le meilleur révélateur de cette tendance. Avec la généralisation des appareils numériques, on note ainsi un inversement de tendance : a l'origine les capteurs photosensibles cherchaient à rivaliser avec les meilleurs pellicules, les plus lumineuses, les plus colorées et fidèles à la réalités. Les photographes ont donc cherchés le maximum de saturation jusqu'à obtenir un esthétisme si coloré qu'il devenait irréel.
Nous n'en sommes plus là. Le moindre boitier même d'entrée de gamme rivalise désormais avec les pellicules de nos parents (où celles de mes débuts). Ce n'est donc plus l'éclat des couleurs qui fait la différence entre le professionnel et l'amateur. Nous assistons maintenant à la marche inverse : un retour aux photographies plus ternes, mais savamment cadrées et composées, d'une netteté incomparable. La mode est désormais à la photographie à mi-chemin entre le noir et blanc et la couleur. La couleur inscrit l'image dans le réel, l'aspect terne, presque incolore inscrit l'image en temps qu'archive et témoignage. Les photographies saturées étant réservées au souvenirs amateurs. En atténuant la couleur, on donne plus d'importance à l'ambiance lumineuse et l'image devient plus expressive. Cela donne des clichés dans ce genre là.

© Paul Hanson 2012 - Un enterrement à Gaza
Le word press photo 2013 avait primé Paul Hanson pour son cliché intitulé "Un enterrement à Gaza". Mais qui se souvient qu'à l'origine, la photographie a été publiée en novembre 2012 dans le journal suédois Dagens Nyheter, dans une version brute, contrastée et colorée. Pourtant quelques mois plus tard, la même photographie est présentée terne, estompée et ré-éclairée pour les besoins du concours ;  la lumière a été adoucie, les visages ont été retravaillés pour un aspect final qui tient plus du film hollywoodien que du photoreportage. Toutefois, le jury l'a reconnu, les retouches n'ont pas été plus poussées que ce qui se pratiquait à la mains autrefois, sous la lumière projetée de l'agrandisseur, dans l'obscurité du labo photo. Le site culturevisuelle.org. a consacré un article des plus instructifs sur ce cas d'école de la retouche photographique "acceptable".

Portrait de femme, Burkina Faso, le 30 juin 2015
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/4
                  1/200 s
                  ISO 200

Roch Marc Christian Kaboré, alors Président de l'Assemblée nationale du Burkina Faso,
Ouagadougou, le 20 octobre 2011
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/3.5
                  1/60 s
                  ISO 800

Luc Alphonse Tiao, alors Premier ministre, Ouagadougou, le12 octobre 2012

                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/4
                  1/60 s
                  ISO 3200

Pâ, le 15 juin 2013
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/2.2
                  1/200 s
                  ISO 1600

Cette question de la saturation des couleurs est une problématique permanente en Afrique. Le soleil, lorsqu'il n'est pas au plus haut, diffuse une lumière chaude, jaune orangée. Le sol rouge du Burkina Faso en devient écarlate et la peau noire, plus encore que la peau blanche, se teinte de rouge. Il est impossible de rendre la vraie teinte de la peau noire sans une désaturation d'au moins 20 % des rouges et 15 % des jaunes. Une simple balance des blanc ne suffit pas à corriger harmonieusement de tels écarts de couleurs. Avec les éclairages artificiels, les écarts de couleurs sont encore plus accentués : l'éclairage urbain est orange vif, les néons sont jaunes et au final, la peau noire ne l'est jamais vraiment.
Vous pouvez maintenant voir les mêmes photographies, brut de prise de vue, sans aucune des corrections qui se font habituellement au moment du "développement".





Bien souvent les photographes et graphistes burkinabè ne prennent pas la peine de ces corrections et le résultat est désastreux pour la peau de leurs compatriotes. très peu de lieux fermés sont équipées d'un éclairage blanc neutre. Seule l'hémicycle de l'Assemblée nationale jouissait, à partir de 2012, d'une bonne qualité de lumière, mais les incendies de l'insurrection populaire de 2014 ont réduit à néant et en cendre tout cet équipement nouvellement acquis.

vendredi 15 juillet 2016

Surveiller les regards

Le regard, c'est la première chose que notre cerveau analyse sur un portrait. En l'absence de tout autre sens, nos yeux, instinctivement, scrutent le regard de l'autre pour en déceler les émotions et les pensées : qui regarde qui, avec quelles intentions, bonnes ou mauvaises ? Y a t-il du danger dans ce regard, de l'affection, de l'amitié ? Cette première impression oriente la signification que nous nous faisons ensuite de l'image. En publicité, mais aussi dans la presse people, dans la mode ou à la télévision, le regard est braqué sur l'objectif pour que le spectateur puisse y plonger et qu'il garde dans son inconscient, l'impression que c'est lui même qui est le sujet que l'on regarde.

"L'Américain", un fou de Boromo, le 15 novembre 2005
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 55 mm
                  f/5.6
                  1/125 s
                  ISO 200


Don de matériel scolaire dans un village, Burkina Faso, le 25 octobre 2012
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/1.8
                  1/320 s
                  ISO 320

A la prise de vue, je surveille en permanence les regards, leur direction, leur sens... et je conseille toujours aux personnes qui m'assistent d'en faire autant. Je ne parle pas ici des regards qui font face à l'objectif, mais de tous ceux, naturels, qui composent une scène et racontent l'interaction entre les protagonistes de l'image. Il y a parfois des pièges. La photographie est un arrêt sur image et la plasticité d'un visage peu prendre, le temps d'une fraction de seconde une attitude qui contredit l'émotion réelle du moment. Le regard peu, furtivement, s'orienter d'un côté ou de l'autre avant de revenir à son point de départ.

Siby, le 4 décembre 1999
J'ai longtemps hésité à montrer cette photographie tant ce qu'elle exprime contredit l'événement qu'elle illustre. Le noir et blanc, l'absence de sourire, une certaine lassitude, presque de l'inquiétude dans le regard central. Le second regard à l'arrière plan, levé au ciel et semblant implorer. Même le bébé ne semble pas être serein. Pourtant ce jour là, nous nous rendions à un bal poussière, à trente kilomètres par la piste. C'était jour de grande fête. Mais pour nous y rendre, nous étions vingt-cinq, entassé dans l'inconfort de l'arrière d'un vieux bâché Peugeot aux suspensions obsolètes. Même en connaissance du contexte de prise de vue, il n'est pas facile de déceler la moindre trace de bonheur dans ces visages qui s'apprêtaient à danser toute la nuit.
Ce que nous dit cette photographie, c'est qu'il ne suffit pas de saisir un regard lors de la prise de vue, il faut aussi savoir saisir le bon regard, celui qui est expressif et conforme au moment. C'est en ce sens que la photographie ne montre pas la réalité, car elle est un arrêt sur image que nous devons ensuite interpréter alors que notre cerveau est façonné pour voir et comprendre un monde en mouvement. Et un arrêt sur image ne dit pas ce qu'il y a avant, ni ce qu'il y a après.

Ouagadougou, le 26 janvier 2014
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/1.6
                  1/100 s
                  ISO 640

Il y a aussi des hasards heureux. Alors qu'il avait cinq mois, j'ai photographié mon fils, assis dans son lit en train de jouer avec ses mains. Il a cligné des yeux au moment de "l'arrêt sur image". Le résultat est saisissant : un bébé assis, à la fois en train de jouer et de dormir. Là encore, malgré l'absence du regard, ce sont les yeux que nous fixons en premier et ils nous évoquent le sommeil, qui n'est pourtant qu'une apparence.

CEFISE BENAJA, Ouagadougou le 31 mai 2010
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 33 mm
                  f/4.5
                  1/25 s
                  ISO 800

Dans l'image ci-dessus, l'intensité des regards est d'avantage conforme à la réalité du moment. On note immédiatement le visage souriant central, qui s'oppose au regard ferme qui le fixe. Il s'agit d'une photographie réalisée au centre scolaire CEFISE-BENAJA de Ouagadougou, dans l'atelier d'électricité. Le CEFISE est un établissement inclusif ou chaque classe mélange des élèves sourds et d'autres entendant. La langue des signes y est maîtrisée par l'ensemble des élèves, qui s'expriment par la gestuel et écoutent avec les yeux. Cela produit des regards plein d'expressivité et de concentration.
On notera aussi que les regards qui fixent l'objectif, auxquels la presse people et la publicité nous habituent, ne sont, dans la réalité, pas toujours les plus beaux ni les plus intéressants. Il est plus gratifiant de saisir un vrai regard, non posé, mais juste saisi au naturel. La direction du regard apporte autant de sens que l'expression du visage. Et deux regards, ou plus, qui se croisent ou s'ignorent, plutôt qu'un regard fixe et hypnotisant qui ne se détache pas du spectateur, portent plus de sens tout en offrant une composition plus riche à la lecture, pour celui qui découvrira l'image sans avoir été présent lors de la prise de vue.

Zawara, le 27 février 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/3.5
                  1/50 s
                  ISO 100

Reportage photographique pour WATER AID Burkina, le 30 juin 2015
                  CANON EOS 60D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/4
                  1/2 500 s
                  ISO 200

mercredi 6 juillet 2016

Photographier les fantômes

Faisons aujourd'hui une intrusion dans le paranormal. Des centaines de sites internet proposent de consulter des archives de fantômes fixés sur pellicule ou par un capteur photosensible. La photographie comme preuve irréfutable ? On vous affirme que les clichés ont été authentifiés sans jamais préciser par qui, ni ou, ni quand. Alors, serez-vous assez naïf pour y croire simplement par ce que quelqu'un d'anonyme vous a dit que c'est vrai ? Avez vous déjà photographiés par vous même un fantôme ?
Car des fantômes, il y en a partout et nous allons voir que dès que la lumière baisse, ils deviennent faciles à saisir. Il est à la portée de tout individu muni, au minimum, d'un œil pour voir et un doigt pour appuyer sur un bouton, d'en réaliser des portraits saisissant d'authenticité certifiée. J'en ai personnellement photographié beaucoup et depuis longtemps...

Prise de vue le 19 août 2006 en France. Pellicule Kodak TRI-X 400
Square de la Roquette, Paris, le 3 juin 2006. Pellicule Kodak TRI-X 400
Concert "Les Équarisseurs", Montreuil, le 2 avril 2006
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 18 mm
                  f/5.6
                  0.8 s
                  ISO 1600

Si vous même n'en avez jamais fait apparaître sur vos clichés, c'est juste que vous n'utilisez pas les bons réglages. Pour photographier un fantôme, tout est une affaire de réglage. En premier lieu, il faut une boîtier manuel. Il faut ensuite se débrouiller pour manquer de lumière : choisissez un lieu mal éclairé, baisser la sensibilité ISO au maximum, fermez votre diaphragme et vous serez obligé d'augmenter votre temps de pose. Dès lors, les fantômes sont prêt à apparaître.
Vous l'avez sans doute remarqué, les fantômes portent des vêtements, mais ils utilisent également des objets du quotidien, adaptés aux lieu où ils prospèrent. Il est donc aussi possible de photographier les objets qu'ils égarent où posent autour d'eux.

Gourde fantôme, Ouagadougou le 8 février 2013
                  NIKON D3100
                  Distance focale : 48 mm
                  f/32
                  8 s
                  ISO 100

Tabouret fantôme, Ouagadougou, le 8 février 2013
                  NIKON D3100
                  Distance focale : 29 mm
                  f/29
                  8 s
                  ISO 100

Mais revenons sur terre. Un fantôme qu'il soit d'origine humaine ou matérielle, c'est toujours la même chose : un truc transparent et plus ou moins flou. Imaginons que notre temps de pose soit de dix secondes. Tout objet ou toute personne qui ne reste pas immobile durant les dix secondes sera floue et partiellement transparente (c'est à dire identique à l'image que nous nous faisons des fantômes). Il faut également caler le timing : en quittant la scène au bout de 3 secondes, vous serez trop transparent (en dessous de 3 secondes, vous serez tellement transparent que vous n'apparaîtrez pas sur la photographie). En quittant la scène au bout de 5 secondes, votre transparence sera parfaite ; si en plus vous avez bougé durant les 5 premières secondes, vous serez flou, bref un vrai fantôme authentifié. Au delà de 5 secondes vous ne serez pas assez flou pour être crédible. En résumé, un "fantôme", c'est quelqu'un qui expose la photographie durant environ la moitié du temps de pose, quelle que soit sa durée. Mais plus le temps de pose est long, plus il est facile de gérer le résultat.
Voila comment sont réalisés la quasi totalité des clichés de fantômes que l'on veut vous vendre pour authentique. Plus rarement sont utilisés les effets de double exposition ou l'utilisation de reflets dans une vitre au premier plan, mais ce sont là des trucages plus minutieux à mettre en place et donc moins courant.

Fantôme triple, Montreuil, le 1er juin 2008
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/6.3
                  3.2 s
                  ISO 1600


Fantôme double, Ouagadougou, le 12 avril 2013
                  NIKON D3100
                  Distance focale : 22 mm
                  f/22
                  5 s
                  ISO 100
Pour des temps de pose long, il est nécessaire de fixer l'appareil sur un pied. Tout ce qui est immobile apparaitra net. Il est également possible de produire des fantômes sur des temps de pose bien plus courts (1/2 seconde suffit) mais dans ce cas, votre sujet devra bouger très vite pour ne pas apparaitre "normal". Il arrive d'ailleurs que les boitiers entièrement automatiques utilisent ce type de réglage lorsque la lumière est vraiment insuffisante, produisant ainsi involontairement une image de fantôme avec tout ce qui se déplace rapidement. Et pour d'avantage de crédibilité, ne cadrez pas votre fantôme au milieu du cliché : vous êtes censé l'avoir photographié à votre insu, donc placez le plutôt dans un coin, un peu coupé. Ne faites pas non plus comme dans l'exemple suivant : imaginez-vous vraiment que le photographe cherchaient à photographier un escalier vide dans l'obscurité où a t-il plutôt demandé à une charmante demoiselle en blanc de gesticuler dans l'escalier pendant qu'il faisait un cliché avec un temps de pose de plusieurs secondes ? D'ailleurs à bien y regarder, le décors lui même trahi un flou de bougé qui est l'indice d'un temps de pose long...
Photographie dite authentique (mais truquée à la prise de vue) la plus reproduite sur le net
Alors à vos boitiers, vous verrez, c'est très facile à faire et à refaire. Ajouter un peu de décors, un lieu lugubre et vieillissant, inventez un récit qui enflammera les imaginations pour habiller votre photographie et vous aurez des centaines d'exemples de fantômes à montrer pour épater la galerie. Vous pourrez même exposer vos clichés dans certaines émissions racoleuses de la télévision où les proposer sur des sites internet dédiés au paranormal. Ils seront ravis de participer à la supercherie.

N'oubliez pas toutefois de laisser trainer un lien vers quelques sites de zététique (ici ou là), ainsi tout en vous amusant (car on peut aussi s'amuser sans prendre les autres pour des cons) vous participerez à la démystification d'une part de la bêtise humaine.

dimanche 26 juin 2016

Galère en Guinée

Le reportage est toujours une occasion de découverte, que ce soit au coin de la rue où au bout du monde. Dans tous les cas, c'est le meilleur moyen de rester éveillé, d'observer et d'apprendre continuellement. Bien entendu, parfois, certains reportages se passent mal, vraiment mal. Alors on les range dans un coin d'oubli.
Récemment, une amie, en partance pour la Guinée Conakry a fait ressurgir les souvenirs de mon pire reportage photographique. J'ai fait, en deux jours et deux nuits de magnifiques clichés de la Guinée, j'y ai rencontré des gens touchants, j'ai traversé des villages à la fois pauvres et accueillants. Mais pour en arriver là, il a été nécessaire de subir de la part de l'ensemble des autorités du pays, la forme la plus perverse et la plus aboutie des corruptions. Une corruption généralisée et un mensonge permanent dans les rapports humains qui gangrènent la vie quotidienne et rend impossible le moindre espoir de développement pour la population guinéenne, pour qui devenir douanier ou policier reste l'unique chance de faire fortune, sur le dos des autres. Alors même que le pays foisonne de richesses.
C'était en mars 2010. J'accompagnais, en tant que photographe, une petite équipe de journalistes en tournage pour un organisme de développement du fleuve Niger. Nous arrivions par la route depuis Bamako au poste frontière de Kourémalé quand notre aventure à viré à la mésaventure.

Le fleuve Niger au niveau du pont de Niandan Koro, Guinée Conakry, le 19 mars 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/11
                  1/320 s
                  ISO 100

Village forestier à proximité de Faranah, Guinée Conakry, le 20 mars 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/8
                  1/200 s
                  ISO 100

Sortir du Mali fut rapide. Le temps d'un café pour se réveiller au petit matin avant la rencontre avec l'administration guinéenne qui semble rendre un hommage permanent au grand Kafka. Au policier qui demande nos passeports, il nous ai exigé 5 000 Fcfa, sans reçu. L'argent empoché après une tentative de négociation qui ne fait que s'envenimer, il offre nos passeports à son supérieur, qui lui exige 2 000 Fcfa par personne pour nous les rendre...
Le douanier est tout aussi gourmant : 10 000 Fcfa pour avoir le privilège d'aller nous faire racketter plus loin sans passer par une fouille du véhicule. Il prend l'argent en pleine rue, au regard de tous et improvise même le partage avec ses collègues au milieu du goudron... Cela fait désormais plus d'une heure que nous allons de mains en mains pour les remplir tandis que nos poches se vident. Il reste une ultime barrière à franchir, gardée par un homme gras, débordant de son uniforme kaki sur lequel s'écroulent un grade de colonel. Aux étrangers comme nous, son manège est rodé : il prend un air méchant, hurle en roulant les "R" comme un paysan et menace de nous incarcérer pour toute sorte de raison. Afin de dissiper sa colère, les chauffeurs routiers préfèrent lui serrer la mains afin d'y glisser une liasse de billets, sans prendre la peine de les dissimuler. Ainsi se monnaye l'ouverture de la barrière la plus chère de toute l'Afrique de l'Ouest.
Nous devions quelques heures plus tard réaliser l'interview du préfet, lui même haut gradé militaire, à Siguiri. Face à notre plainte d'un si cher accueil, il a présenté ses excuses tout en précisant que nous n'aurions pas à subir ce genre de chose lorsque nous franchirions la frontière en sens inverse pour le retour.


Grande lessive dans le fleuve Niger, Guinée Conakry, le 19 mars 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/11
                  1/250 s
                  ISO 100

La mare sacrée aux silures dans un village forestier, Guinée Conakry, le 20 mars 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/1.8
                  1/500 s
                  ISO 100

La suite de notre périple est plus floue, car escortée par un groupe d'hommes, dont nous comprendrons rapidement qu'il s'agit de militaires en civil, d'avantage occupés à notre surveillance qu'à notre protection. Tous les interlocuteurs que nous avons eu nous ont systématiquement menti sur les lieux où nous allions, sur les distances à parcourir. Tout comme ils semblaient avoir menti aux populations que nous devions rencontrer et qui voyaient en nous de riches investisseurs. Nous avons parcouru des dizaines de kilomètres de mauvaise route, des heures de pistes impraticables et poussiéreuses, pour dormir, après une escale à Kankan, dans un hôtel de Faranah, sans eau ni électricité, bien qu'il y avait des ampoules au plafond et des robinets dans la salle de bain. Au petit matin, avec une heure de retard, notre escorte nous a conduit de villages en villages dans une luxuriante forêt, improvisant sans cesse des détours dans des lieux qui ne figuraient pas à notre programme sur une voie que notre 4x4 peinait à affronter. J'en garde l'impression que les autorité nous utilisaient pour se faire valoir auprès de villageois sur le dos desquels il s'enrichissent. Et je me demande encore comment l'organisme humanitaire qui nous employait parvenait à réaliser quoi que ce soit dans ce pays sans que tout ne soit rapidement gâté.

Le matériel rouillé d'un barrage ensablé, Guinée Conakry, le 19 mars 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/6.3
                  1/100 s
                  ISO 200

Au milieu d'un village forestier, Guinée Conakry, le 20 mars 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/4.5
                  1/250 s
                  ISO 100

Notre reportage terminé, avec plusieurs heures de retard, nous avons fuit ce pays, à la population si accueillante et à l'administration si repoussante, nous avons fuit ses mensonges, sa médiocrité, son racket et ses escroqueries. Le temps de réparer, avec les outils du système D, une panne d'alternateur sur le véhicule et nous n'avons atteint la frontière pour le Mali qu'à une heure du matin alors qu'elle était fermée depuis minuit.
Un policier, guinéen, nous propose toutefois de passer moyennant finance... C'est alors que du poste de police, surgit un gradé, finissant de s'habiller et courant vers notre véhicule et criant :
"- Non, ils passent, eux ils passent c'est bon, ils passent !". Visiblement, notre préfet de la veille avait tenu parole et notre véhicule était devenu intouchable pour la corruption guinéenne.
En revanche, côté malien, la douane n'apprécia pas de nous voir traverser la frontière alors qu'elle était fermée : il y a là, paraît-il, des manières de contrebandiers, ; soupçons que les autorités guinéennes ne sont pas prêtes de dissiper. Plusieurs heures furent nécessaire pour une fouille complète du véhicule, avec démontage des portes, des sièges et de toutes les caches possibles dans le moteur. Au petit matin, nous étions autorisé à pénétrer de nouveau sur le territoire malien. Heureux d'être enfin sorti de cet enfer guinéen très exactement quarante-huit heures après y être entré.

Village forestier, Guinée Conakry, le 20 mars 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/4.5
                  1/200 s
                  ISO 100

De tous cela il reste heureusement de belles photographies, des paysages grandioses, des portraits joyeux, mais impossible d'en garder un quelconque bon souvenir même s'il m'arrive encore d'en rire autour d'un verre avec les membres de l'équipe de tournage. En bon burkinabè, quand tout va de pire en pire, on se rassure d'un "ça va aller", avec le ton du désespoir pour unique conviction.