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lundi 20 juin 2016

L'avenir de la profession en Afrique de l'Ouest

Je ne sais pas s'il est possible de généraliser les lacunes de la profession de photographe à toute l'Afrique de l'Ouest à partir de la seule expérience du terrain au Burkina Faso. J'ai tout de même souvenir que dans la sous région aussi, on s'étonne tout autant de me voir faire de la photographie sans flash, comme si cela relevait de l'exploit.
Portrait d'un vieillard, Zawara, le 26 février 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/1.4
                  1/500 s
                  ISO 100

A Ouagadougou, on peut devenir photographe dès que l'on parvient à acheter un appareil numérique, même s'il s'agit d'un "France au revoir" ultra compact et ultra automatique de dix ans d'âge. Ça ne facilite pas l'obtention de qualité dans les images produites. J'ai ainsi croisé, lors d'une précédente édition du SIAO, un partenaire photographe avec trois boitiers de mauvaise qualité autour du cou. Je lui ai demandé si avec tout ça, il n'aurait pas mieux fait d'acheter un seul boitier mais trois fois plus cher.

Portrait d'une femme centenaire, Bandio le 2 octobre 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/2
                  1/5 s
                  ISO 1600

Ayant fait de la formation à Ouagadougou auprès de photographes de quartier, à l'initiative de mon ami Ibrahim Nikiéma (mieux connu sous le nom de Paparazzi) et de son association Pixel 24 j'ai constaté à quel point l'automatisme des boitiers numériques a profondément transformé le métier. A l'heure où les expositions internationales reconnaissent enfin et exposent les portraitistes des décennies passées, il est temps de reconnaître que la maîtrise technique et l'œil artistique des pères ce sont égarés pour les générations contemporaines. Peu de professionnels actuels trouverons un jour à placer une photographie dans une exposition internationale. Même ceux qui ont appris le métier du temps des pellicules noir et blanc, il n'y guère plus de quinze ou vingt ans, avec leur laboratoire de chimie dans l'arrière boutique, ont délaissé le savoir-faire artistique pour de la photographie tout automatique. Je ne compte plus le nombre de fois où l'on m'a dit : " Mais alors avec le numérique, on peut faire les même réglages qu'avec les vieux appareils photo ? ". De cette remarque, j'en conclut que le savoir des pères n'a pas encore été entièrement perdu, mais que beaucoup préfèrent aller au plus simple sans se soucier de la technique et des réglages. Bref, en Afrique de l'Ouest, un photographe se contente souvent d'appuyer sur le bouton. Et de facilités en facilités, il en vient même à oublier de cadrer.


Portrait pour la campagne électorale d'Abdoulaye Bio Tchané au Bénin, Lomé le 27 décembre 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/2.5
                  1/80 s
                  ISO 200

Du coup, la concurrence est rude. Car en plus des autres photographes, il faut aussi parvenir à convaincre des clients, qui bien souvent, réalisent de meilleurs photographies avec leur propre Iphone dernier cri...
Il convient donc de ne pas rester passif pour préparer l'avenir du métier au Burkina. Tout d'abord, il reste encore quelques talents passionnés qui font bien leur métier, je citerai par exemple Hamed Ouoba dont le reportage sur les attaques Djihadistes de Ouagadougou a fait le tour du monde. Il a réalisé là une prise de vue dans les pires conditions possibles, sous le feu nourri des terroristes et de nuit avec pour toute lumière la piètre qualité de l'éclairage urbain et les incendies (inutile de préciser que dans ces circonstances, le flash est proscrit).

Portrait du cinéaste Gaston Kaboré, Ouagadougou le 13 février 2016
                  CANON EOS 60D ; CANON EF 24-105 mm f/4 L IS USM
                  Distance focale : 58 mm
                  f/4
                  1/20 s
                  ISO 1250

D'autre part, il suffirait d'un peu de formation pour redonner un avenir à la profession. De toute manière nous n'avons plus le choix, si nos photographes ne parviennent pas à créer de plus beaux clichés qu'un amateur avec son smartphone il devront se reconvertir. C'est donc contrainte et obligée que la profession va évoluer pour sa survie. Le résultat ne pourra être qu'un gain de qualité. Mais ceux qui n'ont pas la passion et le courage continueront de galérer pour vendre à la sortie des salles de conférences et banquets de mariages, de mauvais tirages, souvent cadrés par hasard et développés en toute hâte afin avoir le temps de revenir harceler leurs victimes du droit à l'image.

dimanche 22 mai 2016

Ré-création de Gif animé

Les différentes phases de la lune en Gif animé. Prise de vue du 5 au 30 novembre 2013 à Ouagadougou, Burkina Faso

D'abord pollueur du web dans les années 90, le format Gif, animable, avait presque fini par disparaître avec le passage dans un nouveau millénaire. Certes le Gif permettait de faire des images qui bougent mais pour le reste il n'y avait que des inconvénients dans son utilisation : en premier lieu il s'agissait d'un format en 256 couleurs quand nous étions habitué à l'usage des millions de couleurs même dans nos plus mauvais jpeg. Ajoutez à cela un brevet détenu par UNISYS qui limitait le nombre des logiciels capables de générer des Gifs (à moins de payer des royalties).
Au final la production des Gif animés est restée médiocre, images de mauvaise qualité, animations sans grande créativité, plus irritantes qu'esthétique. Comme toute chose à la mode, ils sont devenus ringards et se sont fait doucement oublier, sans regret.
Entre temps le format libre PNG lui fut un redoutable concurrent, disposant d'un algorithme de compression plus efficace et supportant 16 millions de couleurs et 256 nuances de transparence. Mais voila, le format PNG n'a jamais été développé pour l'animation. Si bien que le Gif, dans sa version animée, demeure sans équivalent.

Puis de 2003 à 2006, les brevets sont tombés dans le domaine public. Le nombre des logiciels permettant de générer ce format s'est rapidement multiplié et partout dans le monde, des artistes, des graphistes ou tout simplement des anonymes lui ont trouvé un intérêt nouveau. A partir de 2010, il prolifère de nouveau sur le web. Les photographes l'utilisent pour animer certains détails d'une image. Des illustrateurs donnent naissance à des scénettes humoristiques ou surréalistes. Et comme il faut bien ajouter un peu de médiocrité à se foisonnement créatif, les moins doués d'entre nous se contentent de reprendre des extraits vidéo pour les enregistrer en Gif animé... Des start up prévoit déjà de monétiser la réalisations de gifs avec des arrières pensées de création publicitaires invasives.
Et voila que yahoo, en partenariat avec l’université ETH de Zurich propose de développer une intelligence artificielle, rien que ça... pour automatiser le choix des vidéos à retranscrire en Gif animé... Se rendent-ils compte que le gif vidéo est au gif animé à peu près ce que le selfie est à la photographie (c'est à dire un grand rien) ? Avons nous vraiment besoin d'une intelligence artificielle pour faire un truc aussi bête et inutile ? Faut-il d'ailleurs parler d'intelligence quant il s'agit de générer de la bétise ?

Faire part de naissance composé de deux images en boucle.

Élevons nous au dessus de la médiocrité. Il est tellement triste de rabaisser le Gif animé au seul usage de la vidéo. Au hasard, prenons le temps d'admirer des gifs, développés et animés avec talent et créativité : du street art, des images vectorielles féériques, d'autres hypnotiques et pour finir des photographies pleines de poésie.

La création sous ce format nécessite d'apprivoiser la limite de 256 couleurs, de maîtriser le rythme de défilement des images et le raccord de la dernière image à la première pour une lecture en boucle fluide. A partir de là, tous les médium deviennent possibles. On peut utiliser de la photographie, de la vidéo, de la modélisation 3D, du dessin, des collages ou du bricolage et même mélanger tous ces médiums.

Carte de voeux 2016, mélangeant vidéo et modélisation 3D en gif animé

Votre imagination et votre créativité sont les seules limites. Alors s'il vous plait, ne vous contentez pas d'une vidéo piratée sur le net pour générer un gif animé sans âme ni intérêt même si Yahoo vous affirme qu'une sous-intelligence artificiel fera le boulot à votre place.

Gif animé développé pour un logiciel d'apprentissage de la langue des signes pour le centre scolaire Cefise Benaja à Ouagadougou, Burkina Faso


mercredi 11 mai 2016

La mémoire d'une aventure

Quel souvenir gardons nous d'un événement particulier ? Je me demande si l'angoisse de l'oubli n'est pas un trait commun à la plupart des photographes. Photographier revient à faire un arrêt sur image sur un moment de la réalité. Il s'agit donc d'une manière de figer un souvenir sur papier ou sur écran pour pouvoir en garder, en scruter et au final en partager chaque détail. Dès lors, le cliché modifie notre souvenir, et même notre perception du moment. Ce qui n'a pas été photographié s'estompe face au poids de l'image.
A côté des reportages de commande, les prises de vue personnelles constituent la mémoire matérielle des photographes. Consultés individuellement, ces clichés ne sont que des images plus où moins belles et intéressantes mais réunies dans leur totalité, elles restituent le autoportrait virtuel du photographe, qui bien qu'il n'apparaisse pas se trouvais là. Chaque photographie est une occasion d'affirmer : j'étais là.

En avril 2009, lorsque j'ai décidé de quitter la France avant que de périr noyé dans le naufrage sarkosien d'alors, j'ai prit la route avec un boitier argentique 6x6 Bronica, un 24x36 Canon et un modeste Canon numérique 350D. J'ai avalé la route de Paris jusqu'à Ouagadougou, seul au volant, avec ces trois boîtiers à portée de mains, sur le siège passager. Et j'ai photographié, à chaque arrêt et en roulant, passant des autoroutes françaises aux voies rapides espagnoles. Puis aux routes marocaines, modernes au nord, de plus en plus ensablées dans le Sahara Occidental. Vient ensuite le no man's land chaotique et plein de danger pour atteindre la Mauritanie où un bitume noir et luisant vous mène jusqu'à Nouakchott. Puis la route de l'espoir, tant il en faut, pour s'engager dans ces collines de sable d'où émerge un maigre goudron vieillissant et où toute vie humaine rencontrée s'apparente à un miracle. L'arrivée en Afrique noire, dite subsaharienne ne laisse aucun répit quant à la dégradation des routes, devenues souvent des pistes parsemées d'un peu de goudrons antique, destructeurs d'essieux et de carter, une route primitive en somme.


Entre El-Ouatia et Laayoune, le 12 avril 2009, Sahara Occidental
Au sud de la frontière Maroc-Mauritanie, le 14 avril 2009, Mauritanie
Bou Lanouar, le 15 avril 2009, Mauritanie
La Passe de Djouk, Mauritanie, le 16 avril 2009

De tout cela je garde beaucoup de souvenirs mais la plupart sont désormais liés aux photographies réalisées lors de l'aventure et que je peux revoir à volonté. Le fait d'avoir travaillé de longues journées dans la moiteur inactinique du labo photo pour réaliser, avec minutie, les tirages argentiques noir et blanc, n'a fait qu'accentuer la mémorisation de ces moments précis. Entres les photographies, subsistent des blancs, des oublis. Je n'ai jamais eu beaucoup de mémoire, c'est sans doute pour cela que j'ai, très jeune, aimé pratiquer la photographie. Heureusement durant le périple, j'ai chaque soir, à l'arrière de mon véhicule et avant de m'endormir, relaté par écrit le récit de mes journées ce qui me permet de compléter ma mémoire lacunaire de quelques écrits.

Couverture du livre Immigration inverse

Pour ceux qui souhaitent en savoir davantage et surtout en voir plus, le recueil de ce voyage est disponible en 106 pages, dans la boutique du site Lulu.com, sous le titre Immigration Inverse. A quelques exceptions près, il vous donnera accès à la totalité de mes souvenirs de ses quinze jours de route, de sable et du vent abrasif qui va avec.

mercredi 4 mai 2016

La beauté des pylônes électriques

Certains objets sont naturellement photogéniques. C'est par exemple le cas des bicyclettes. L'objet en lui même est esthétique, les bureaux d'étude où ils sont dessinés inclus des designers et même si la forme générale évolue peu, leur look suit la mode et s'exhibe lors des épreuves sportives.
D'autres objets ont généralement la réputation d'une grande laideur. Ils abiment les paysages et rien n'est fait pour les rendre beau tant leur fonction et leur aspect technique prime sur l'esthétique. Les pylônes électrique et les antennes radar ont pourtant un rendu majestueux en photographie. J'ai pu le vérifier partout où je suis passé. La structure métallique brute de leur assemblage, semblable à des squelettes d'insectes gigantesques dressée à la vertical, donne souvent à mes yeux de l'intérêt pour des paysages qui sans cela passeraient inaperçus. C'est quelque chose de paradoxale. Dans la nature, ils n'ont rien de beau et ne sont jamais à leur place, il sont même de trop, mais sur une photographie, en arrêt sur image, ils habillent l'espace et donnent une structure au cadrage.

Antenne relais quelque part dans le nord de la France

Il y a quelques années, je photographiais les infrastructures ferroviaires lorsque je me déplaçais en train. Puis j'ai fait la même chose le long des autoroutes et nationales françaises. Plus récemment, j'ai poursuivi cette série en Afrique de l'Ouest. Ces bouts de ferraille nous montrent à quel point l'homme a conquis chaque espace de la planète, y répandant ses ondes et son énergie électrique au pied des habitations du moindre village où au milieu du bout du monde, en pleine brousse comme en plein désert.

Dans les environs de Marseille, août 2006

En allant à paris, par la gare de Lyon,juillet 2005

Entre Fréjus et Paris, août 2006
 Lors de la traversée du Sahara, en longeant la Côte Atlantique, les kilomètres étaient rythmés par le défilement des antennes radar, uniques formes verticales, uniques arbres à pousser si haut, les pieds dans le sable et balayés par les vents abrasifs du désert et corrosifs de l'océan. Parfois, à l'approche d'une zone d'habitations apparaissaient une ligne de pylônes électriques


Entre Ouagadougou et Boromo, Burkina Faso, le 11 novembre 2005

Quelques kilomètres au nord de Nouakchott, Mauritanie, le 14 avril 2009

Le moche peut apparaître beau à la condition de savoir le regarder et pour qui ne l'a pas continuellement sous les yeux. Je n'imposerais pas aux habitants à proximité de ces pylônes d'y voir le moindre intérêt esthétique, eux qui sont sans doute d'avantage préoccupés par les nuisances qui leur sont imposées par le progrès... D'autant qu'en Afrique de l'Ouest, le passage d'une ligne à très haute tension n'est pas une garantie d'un raccordement au réseau électrique. On peut ainsi subir les inconvénients sans même tâter des avantages.

Entre Niamey et la frontière burkinabè, le 13 août 2010
Près de Houndé, Burkina Faso, le 29 avril 2012
Zawara, Burkina Faso, le 6 février 2016

mardi 26 avril 2016

Photoshop pour les nuls ?

Il n'est pas rare d'entendre en prise de vue "Bah, on rattrapera ça sur photoshop" (et pourquoi pas sur Gimp ?). A croire qu'il s'agit là des outils du parfait fainéant. Je me souviens d'une campagne de publicité pour AirBurkina. Un ami avait réalisé la prise de vue dans un avion de la flotte, sur le tarmac de l'aéroport de Ouagadougou, avec hôtesses de l'air et faux passagers, pour vanter l'accueil et le service à bord. Arrivé chez lui, il s'était rendu compte que tous les casiers à bagages au dessus des passagers étaient restés ouvert... Et impossible de demander une nouvelle immobilisation de l'avion pour refaire la prise de vue. J'ai donc, pour lui, été contraint de redessiner en totalité le plafond de la cabine sur un cliché, avec les portes des casiers fermée, en incluant les textures et les éclairages afin de sauver la compagne publicitaire (et la réputation du photographe).


L'image est visible sur le site Air Burkina
Par chance, la zone à photoshoper n'était pas très grande, de part et d'autre de l'hotesse qui sert le jus de fruit. Le résultat est réaliste même si je ne doute pas que l'oeil d'un expert ne s'y laisserait pas abuser.
A ce stade d'utilisation de photoshop ou de Gimp, ce n'est plus de la photographie mais de l'illustration. Je crois que pour une utilisation sérieuse de ces logiciels, il est important d'avoir eu l'expérience du laboratoire photographique argentique. Sans quoi, on se retrouve vite à en faire n'importe quoi. Qui n'a jamais joué de ses filtres gélatine pour contraster plus ou moins certaines zones et qui n'a jamais manipulé des caches en carton, pour isoler une zone sous la lumière de l'agrandisseur, ne peut pas complètement comprendre ce qu'il fait lorsque d'un coup de souris informatique il assombrit un défaut ou éclaircit un visage.

Pour le monde de la photographie, il est normal d'optimiser l'éclairage, la température et le contraste d'un cliché numérique comme on le faisait sous agrandisseur. Mais il faut savoir cerner ses limites. A trop retoucher, on devient illustrateur au lieu de photographe. Certains l'assument d'autant mieux qu'ils le font bien. Peter Stewart est de ceux-là et son honnêteté intellectuelle va jusqu'à nous proposer de voir son travail avant et après les retouches.

Tout le monde n'a pas son talent et c'est bien souvent à tord que des novices se lancent dans d'hasardeux trucages numériques qui font le régale du web. La présidence du Faso n'y avait pas échappée, lorsqu'elle publiait en avril 2013, dans son mensuel "Les Cahiers de la Présidence du Faso", numéro 210, un magnifique poster central, illustrant la jeunesse enthousiaste de Dori venu acclamer son président. A bien y regarder, si la lumière n'a pas été retouchée, il semble évidant que la présence d'un trop grand nombre de gardes du corps entre le chef d'état et sa population enthousiaste n'ai été corrigé "à la truelle" par un photoshopeur amateur au sein de la direction de la communication... Le risque lorsque l'on triche, c'est que ça finit inévitablement par se voir.



Le poster tel qu'il a été publié...


Détail de la retouche

N'oublions jamais que nos photographies actuelles auront valeur d'archives dans quelques années. Évitons donc de chercher à embellir la réalité surtout quand nous ne sommes pas capable de le faire correctement. Les petits défauts font partie intégrante de notre vie. Que penserons nos descendant lorsqu'ils tomberont sur les portraits de leur aïeuls, le visage lisse et un éclairage digne d'Hollywood même dans la salle de bains ou le grenier ? Est-il vraiment intéressant de nettoyer les photographies de tout défaut par la magie d'un logiciel pour faire comme dans la publicité et dans les magazines ?

Exemple d'illustration à base photographique
Photographie d'origine, brute de prise de vue

Réservons les logiciels de retouche pour les travaux graphiques. Il est même possible d'assumer ses retouches en incluant dans la photographie un montage esthétique qui ne laissera aucun doute quand à la finalité illustrative de l'image par rapport à la photographie d'origine.

lundi 11 avril 2016

Un peu de hauteur

Les drones de prise de vue sont en train de nous soustraire le plaisir de voler. Le combat est inégale, vingt minutes de prises de vue en avion ou en hélicoptère ne seront jamais plus rentables face à un appareil photographique porté par quatre hélices et télécommandé depuis le sol sous une casquette et derrière une paire de lunettes de soleil.

Une cour de village en saison sèche près de Ouagadougou, 29 mai 2015
                  CANON EOS 60D
                  Distance focale : 41 mm
                  f/11
                  1/500 s
                  ISO 500


Une cour en zone humide, Dano le 7 novembre 2011
                  CANON EOS 60D
                  Distance focale : 35 mm
                  f/11
                  1/250 s
                  ISO 200

Il nous reste peu de temps pour savourer les courants l'air, penché dans le vide, à la porte d'un avion ultra léger après avoir vérifié trois fois que notre ceinture est correctement verrouillée. Retenir les haut-le-coeur quand l'oeil planté dans le viseur on n'oublie d'anticiper les accélérations et décélérations horizontales et verticales, qui se superposent au tangage et aux secousses du vent en altitude.
Nous conservons encore un petit avantage, dès que la prise de vue dépasse trente minutes, il est préférable envoyer l'appareil photographique muni de son propriétaire, ensemble et à la même altitude que le pilote. Les différentes réglementations nationales imposent une altitude maximale pour les engins téléguidés (150 mètres pour la France). Au delà, les vents deviennent plus violents et il n'est pas sûr que la stabilité d'un drone soit suffisante pour photographier dans de bonnes conditions. ce qui nous permet de les regarder de haut quand notre hélicoptère effectue un vol stationnaire sept ou huit cent mètres plus haut.

Érosion des sols dans un quartier non loti, Ouagadougou, le 29 mai 2015
                  CANON EOS 60D
                  Distance focale : 40 mm
                  f/11
                  1/500 s
                  ISO 500

Incendie de brousse, Burkina Faso, le 7 novembre 2011
                  CANON EOS 60D
                  Distance focale : 80 mm
                  f/8
                  1/1 000 s
                  ISO 400

Pour le matériel, une bonne optique et un boitier réflex numérique approchent souvent les deux kilogrammes. C'est le poids de la qualité et deux bras valent mieux que quatre hélices pour les manipuler. En prise de vue vidéo, un modeste grand angle passera sans problème mais dès qu'il s'agit de photographies haute définition, il n'est plus possible de tricher sur le nombre de lentilles pour gagner de la place.
L'autonomie limitée des drones civils ne fera que s'améliorer, la réglementation et les qualités optiques du matériel embarqué suivront le mouvement. Dès lors, nous devrons rester à terre ou dans le meilleur des cas, nous contenter d'un morceau de hublot sur un vol commercial pour profiter d'un paysage aérien. A moins de s'appeler Yann Arthus-Bertrand et d'avoir les moyens financier de son rêve.

Les collines de Dano, le 7 novembre 2011
                  CANON EOS 60D
                  Distance focale : 80 mm
                  f/8
                  1/1 000 s
                  ISO 400

Il arrivera un jour où lui même devra jouer des coudes entres les drones pour poursuivre son travail.


vendredi 1 avril 2016

La tête du ça et celle du moi

Dans la langue française, lorsque deux mots veulent dire la même chose, c'est généralement qu'il existe une nuance, parfois infime, dans le sens qu'ils véhiculent. Il en va probablement de même pour toutes les langues vivantes. Quelle différence ferions nous entre un selfie et un autoportrait ? Disons pour commencer que l'autoportrait, c'est ce que l'on fait quand on ne peut pas faire autrement. Le selfie, c'est ce que l'on fait quand on ne sait pas faire autre chose.

Autoportrait dans l'oeil de mon épouse, Ouagadougou, le 2 juin 2011
                  CANON EOS 300D
                  Distance focale : 80 mm
                  f/8
                  1/50 s
                  ISO 200

La pratique du selfie est apparut avec la miniaturisation des appareils photographiques, puis elle s'est généralisée avec l'apparition des smartphones. En devenant accessible à toutes les poches, l'outil photographique permettait alors à chacun d'exister et de s'exprimer ; encore fallait il avoir quelque chose à dire.
Il serait réducteur de réserver le selfie aux amateurs et l'autoportrait aux professionnels, nous sommes confrontés quotidiennement à l'auto promotion sexy et fantasmée d'inconnus devenus connus et fortunés rien qu'en exposant sur la toile toujours les mêmes clichés d'eux mêmes. De fait, c'est devenu leur profession : ils sont photographes et s'appellent tous Narcisse (vous pouvez par exemple voir ici Narcisse va à la plage).

Vous remarquerez aussi que, par extension, on appelle selfie tout portrait qui représente Narcisse, quel que soit l'auteur de la photographie comme tout récemment : Narcisse et la prise d'otage ... 

L'autoportrait porte en lui une connotation artistique. Rembrand lui même y succombait dès 1629, alors âgé de 23 ans et il y reviendra régulièrement jusqu'en 1669. Avant lui, Albrecht Dürer, dès l'an 1500 ne s'est pas privé d'en abuser. On n'ose à peine imaginer ce qu'il serait devenu avec un abonnement internet dans son smartphone ... probablement une icône du web, lui qui se représentait nu, vers 1504.

Je n'excelle pas dans l'autoportrait et je n'ai jamais trouvé le moindre intérêt personnel dans la pratique du selfie. Quand on est photographe, le bon côté d'un appareil photographique, c'est derrière. Les rares auto-clichés de moi-même sont d'avantage des expérimentations esthétiques, où j'apparais souvent méconnaissable.

Double autoportrait, Ouagadougou, le 31 décembre 2010
                  CANON EOS 300D ; CANON LENS EF 50 mm f/1.4
                  Distance focale : 50 mm
                  f/8
                  593 s
                  ISO 100

L'autoportrait, balayé par la prolifération des selfies n'a plus vraiment de visibilité pour le grand publique. il a pourtant encore beaucoup de choses à nous apprendre et à nous surprendre. Emile Loreaux fait partie de ces photographes pour qui l'autoportrait est un terrain d'expérimentation permanent et dont le travail pousse à la réflexion sur notre société. Bien qu'il figure lui-même sur la plupart de ses clichés, il n'est jamais le sujet réelle de l'image produite. Il n'est qu'un vecteur, un pantin anonyme qui pourrait être nous et qui ne s'appelle pas Narcisse ; un sujet qui ne lui réclamera pas de droit à l'image, un acteur qui ne fait pas de caprice pour exprimer le message de l'auteur. A la richesse conceptuel de son travail se mêle la maîtrise de son art, des cadrages et des lumières picturales et une esthétique sobre et efficace. C'est beau et ça rend intéressant le monde dans lequel nous évoluons.